Réunion d'information sur la présentation "De l'ombre à la lumière : une collection insoupçonnée de Tao'a Faufa'a Tupuna dans les réserves du British Museum"

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Réunion d'information sur la présentation "De l'ombre à la lumière : une collection insoupçonnée de Tao'a Faufa'a Tupuna dans les réserves du British Museum"

La commission du tourisme et de la culture, présidée par M. Cliff LOUSSAN, s’est réunie le mercredi 13 mai 2025 à l’Assemblée de la Polynésie française pour une présentation consacrée aux travaux de recherche doctorale portant sur le patrimoine polynésien dispersé.

En présence de M. Antony GEROS, Président de l’Assemblée de la Polynésie française, cette présentation intitulée "De l'ombre à la lumière : une collection insoupçonnée de Tao'a Faufa'a Tupuna dans les réserves du British Museum", à laquelle a également pris part Mme Mereana REID ARBELOT, députée de la 3e circonscription de la Polynésie française, était animée par Mme Mililani GANIVET, doctorante au British Museum de Londres.

Cette intervention s’inscrivait dans le contexte de la réouverture du Fare Iamanaha en 2023 ainsi que du retour symbolique de certains tao’a tupunaparticulièrement emblématiques.

La conférencière a mis en évidence l’évolution des pratiques muséales contemporaines vers un modèle davantage collaboratif. Le conservateur y assume désormais un rôle de médiateur, facilitant le dialogue entre les collections et les communautés concernées. Le British Museum illustre cette évolution en ouvrant plus largement ses réserves aux chercheurs ainsi qu'aux représentants des peuples concernés.

Dans ce cadre, la doctorante a présenté une démarche méthodologique novatrice, fondée sur une approche qu’elle qualifie d’« éducation mutuelle » plutôt que sur une étude anthropologique traditionnelle. Cette méthode s’appuie sur les travaux de documentation réalisés dans les années 1970 et vise à créer une synergie entre les collections conservées en Europe et les détenteurs des savoirs traditionnels restés en Polynésie.

L’expérimentation conduite au Smithsonian, avec la participation d’habitants de Huahine dans le cadre du programme « Recovering Voices », illustre pleinement cette approche. Elle favorise une dynamique de réappropriation culturelle à partir d’archives historiques, notamment les photographies et les enregistrements sonores de Robert LÉVY, anthropologue ayant mené des recherches en Polynésie dans les années 1960.

Ses travaux proposent également une relecture de l’histoire de l’évangélisation en Polynésie, en mettant en évidence la complexité des processus de conservation des objets rituels ainsi que le rôle des acteurs polynésiens dans la constitution des collections missionnaires. Ils soulignent la dimension à la fois stratégique et symbolique de ces pratiques, tout en mettant en lumière la participation active des pasteurs polynésiens dans la documentation et la transmission des savoirs.

Les recherches menées dans les archives londoniennes ont mis en évidence la diversité des tao’a tupuna, remettant ainsi en question les catégorisations muséales héritées du XVIIIᵉ siècle. À cet égard, Mme GANIVET a identifié plusieurs objets hybrides issus de la réutilisation rituelle d’éléments profanes, notamment des manches de tahiri transformés en objets cérémoniels.

Cette découverte renouvelle les typologies jusqu’alors établies et témoigne de la richesse ainsi que de la technicité des pratiques rituelles polynésiennes. La collaboration avec Tevahine TEHARI, artisane spécialisée dans l’art du tressage à Nuku Hiva, a par ailleurs permis d’approfondir l’analyse des techniques traditionnelles et de mettre en lumière des savoir-faire aujourd’hui disparus ou menacés de disparition.

La doctorante a souligné l’importance stratégique de ces recherches pour l’avenir culturel de la Polynésie. Alors que 90 à 95 % du patrimoine matériel polynésien est actuellement dispersé au sein d’institutions internationales, la documentation, l’étude et l’accessibilité de ces collections constituent des enjeux majeurs de souveraineté culturelle. Par ailleurs, seuls 3 à 5 % des objets conservés dans les musées étant exposés au public, les réserves recèlent encore un potentiel patrimonial considérable largement inexploité.

L’intégration de descriptions en langue tahitienne sur le site internet du British Museum représente à cet égard une avancée significative. Cette initiative favorise le développement d’un travail éducatif à distance tout en contribuant à la valorisation des langues autochtones dans les espaces scientifiques internationaux. Une telle démarche ouvre ainsi des perspectives en matière de transmission intergénérationnelle et de formation des jeunes Polynésiens à la connaissance et à la préservation de leur patrimoine ancestral.

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